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Chien qui n'aime pas les autres chiens : mes conseils


Un chien aboie
Chien qui aboie : qu'exprime t-il ? Joie ? Inconfort ? Irritabilité ? Peur ? Excitation forte ?

Un chien qui n’aime pas les autres chiens, qui grogne, aboie, tire en laisse ou cherche à éviter tout contact canin, n’est pas un cas isolé. Beaucoup de propriétaires se sentent démunis face à ce comportement, parfois soudain, parfois installé depuis longtemps. Pourtant, ce phénomène est parfaitement compréhensible lorsqu’on analyse les mécanismes émotionnels, cognitifs et sociaux du chien.

Je vous donne mon analyse complète du problème, ainsi que des pistes concrètes pour aider un chien à mieux vivre les rencontres canines, sans forcer, sans punir, et en respectant son rythme.


1. Pourquoi certains chiens n’aiment-ils pas les autres chiens ?


1.1. Une question d’émotions avant tout

La majorité des comportements agressifs ou d’évitement sont liés à la peur, l’insécurité, ou l’anticipation négative. Comme l’explique Joël Dehasse, le chien réagit souvent pour augmenter sa distance avec ce qui l’inquiète. L’agressivité est alors une stratégie d’adaptation.

Les émotions les plus fréquentes sont :

  • la peur (ou crainte, mais je vais garder ce terme de peur qui est très fort) d’être attaqué,

  • la peur de l’inconnu,

  • la peur d’être coincé (surtout en laisse),

  • la frustration,

  • la surcharge émotionnelle.


1.2. Un déficit de socialisation

Un chiot mal socialisé, ou socialisé trop tard, peut développer une méfiance durable envers ses congénères. Les périodes sensibles (3 à 12 semaines) sont déterminantes.

Mais attention : même un chien très socialisé peut aussi devenir réactif s’il vit des expériences négatives, même des événements qui nous semblent bénins.


1.3. Des expériences traumatisantes

Une attaque, une bousculade, un chien trop insistant, un parc canin mal géré…Une seule mauvaise rencontre peut suffire à créer une association négative durable. Et parfois, on ne s'en rend pas compte. La caresse insistance de la gentille dame au parfum un peu entêtant peut parfois suffire pour un chiot à peine sevré.


1.4. La génétique et la sélection

Certaines lignées sont plus sensibles, plus réactives ou plus vigilantes. Les races de travail (Malinois, Border Collie, Berger Australien…) peuvent développer une hypervigilance si elles ne sont pas correctement guidées. L'American Staffordshire Terrier est souvent un excellent chien de garde car il est très vigilant. Cette vigilance signifie une plus grande possibilité de réactivité.


1.5. La laisse : un facteur aggravant des problèmes entre chiens

La laisse empêche :

  • la fuite,

  • les signaux d’apaisement,

  • la liberté de mouvement,

  • la communication naturelle.

Elle augmente la tension émotionnelle et peut transformer une simple inquiétude en réaction agressive.

Je déconseille toujours une première rencontre en laisse, directement avec des chiens qui ne se connaissent pas. Même les rencontres en laisse nécessitent un savoir-faire et des conditions d'environnement qu'il faut réunir (zone calme, chiens en approche périphérique avec prise d'odeurs, lecture du chien par les maîtres...)


2. Reconnaître les signes : votre chien n'aime pas les autres chiens ne signifie pas qu'il est “méchant”

Un chien qui n’aime pas les autres chiens communique. Il envoie des signaux, parfois subtils, parfois évidents dont il faut tenir compte. J'ai parfois sous-estimé au début de mon activité d'éducateur en me disant c'est okay et ce ne l'était pas. Pourtant ma chienne analysait l'autre chien bien mieux que moi. Très bien codée, elle s'avait si elle pouvait aller au contact de l'autre chien ou rester à distance.


2.1. Signaux d’évitement

  • détourner la tête

  • ralentir

  • se figer

  • faire un arc de cercle pour ne pas aller au contact du chien

  • renifler le sol après avoir regarder l'autre chien

  • se cacher derrière le maître


2.2. Signaux d’avertissement

  • grognement

  • aboiement

  • montrer les dents

  • tirage en laisse

  • poils hérissés

Ces signaux ne sont pas des “caprices”, ce sont des stratégies pour gérer une émotion difficile. Aujourd'hui un chien qui aboie fort (même brièvement) est vu comme agressif (surtout en ville) alors qu'il s'exprime.

Comme le rappelle Turid Rugaas, supprimer ces signaux par la punition revient à retirer au chien sa capacité à communiquer, ce qui augmente le risque de morsure.


3. Ce qu’il ne faut surtout pas faire


3.1. Forcer la rencontre, surtout si votre chien n'aime pas les autres chiens

Amener un chien réactif dans un parc canin ou le confronter de force à d’autres chiens aggrave toujours la situation.

Je privilégie l'approche en escargot. Pour moi, un chien réactif congénère qui hume calmement l'odeur des autres chiens et ne montent pas en pression est une réussite. De même, s'il reste calmement à sentir des odeurs alors que d'autres chiens passent à 5 mètres de lui, c'est une victoire. La rencontre n'est pas une obligation et cette image d'Epinal des chiens heureux qui partent gambader, voire jouer ensemble me semble dangereuse. Ils préfèrent se côtoyer et s'ils le désirent interagir. Ce n'est pas la même chose.


3.2. Punir, crier, tirer sur la laisse

Cela ne fait qu’augmenter :

  • la peur,

  • la frustration,

  • la tension,

  • l’association négative.

Le chien apprend : “Quand un chien arrive, mon humain devient agressif → j’ai raison d’avoir peur.”


3.3. Chercher à “dominer” le chien

Les approches basées sur la dominance sont obsolètes et dangereuses. Elles aggravent les comportements agressifs et détruisent la confiance. Mech a passé toute sa carrière a démontré qu'il s'était trompé sur l'observation des loups en captivité.


3.4. Laisser un autre chien “lui apprendre la vie”

Un chien équilibré peut aider, mais un chien trop insistant peut traumatiser.


4. Les solutions efficaces et respectueuses


4.1. Travailler la distance de confort

Chaque chien a une distance seuil : la distance à partir de laquelle il peut observer un autre chien sans réagir.

Le travail consiste à :

  1. repérer cette distance,

  2. rester en dessous,

  3. renforcer le calme,

  4. réduire progressivement la distance.

C’est le principe du contre-conditionnement et de la désensibilisation, utilisé par les comportementalistes canins bien formés.


4.2. Récompenser les comportements calmes

Dès que le chien :

  • regarde l’autre chien calmement (en déplacement, et non en statique),

  • respire normalement,

  • détourne le regard de l'autre chien,

  • reste connecté à vous (surtout),

On récompense ou plutôt one donne quelque chose d'AGREABLE au chien.

On crée ainsi une nouvelle association :“Chien = PLAISIR”


4.3. Apprendre au chien à se tourner vers son humain

Un exercice fondamental :

  • le “Look”,

  • le “Laisse”,

  • le “Viens-Touche” (demi-tour d’urgence).

Ces outils permettent de sortir d’une situation difficile sans conflit.


4.4. Offrir des rencontres contrôlées

Avec :

  • un chien calme,

  • un chien non intrusif,

  • un environnement ouvert,

  • des longes de 5 à 10 mètres (trop grande, c'est trop compliqué) avec des GANTS !

On laisse les chiens communiquer librement, sans tension.


4.5. Travailler l’olfaction

Les activités olfactives réduisent :

  • le stress,

  • la réactivité,

  • l’hypervigilance.

Elles augmentent :

  • la confiance,

  • la concentration,

  • la détente.

    Je propose aux propriétaires intéressés du travail de nosework (sur des odeurs de CAFE) chez eux. Facile à mettre en place avec des résultats bluffants et satisfaisants.


4.6. Améliorer l’hygiène de vie

Un chien réactif est souvent un chien :

  • fatigué mentalement,

  • sous-stimulé,

  • sur-stimulé,

  • stressé.

On veille à :

  • un sommeil suffisant,

  • des promenades de qualité,

  • des activités adaptées,

  • un environnement prévisible.


4.7. Consulter un professionnel compétent pour tout chien qui n'aime pas les autres chiens

Un comportementaliste ou éducateur formé aux méthodes modernes peut :

5. Comprendre que tous les chiens ne sont pas “sociables”

Comme le rappelle Olivier Lhote, la sociabilité n’est pas un absolu. Certains chiens :

  • préfèrent les humains,

  • aiment seulement quelques chiens,

  • n’aiment pas les interactions rapprochées (et comprendre cela c'est comprendre le chien des autres)

  • tolèrent mais n’apprécient pas.

Et c’est parfaitement acceptable.

L’objectif n’est pas de rendre le chien “ami avec tout le monde”, mais de lui permettre de vivre sereinement en présence d’autres chiens.


6. Un exemple de programme d’entraînement sur 6 semaines pour baisser le niveau de réactivité de votre chien


Semaine 1 : Observation et distance

  • repérer les signaux

  • identifier la distance seuil

  • éviter les confrontations


Semaine 2 : Contre-conditionnement

  • récompenses à distance

  • exercices de calme

  • marche en zone neutre


Semaine 3 : U-turn et focus

  • demi-tour d’urgence

  • regard volontaire

  • renforcement du lien


Semaine 4 : Rencontres contrôlées

  • longe 10 m

  • chien partenaire calme

  • séances courtes


Semaine 5 : Réduction progressive de la distance

  • approche en arc

  • pauses fréquentes

  • renforcement du calme


Semaine 6 : Généralisation

  • nouveaux lieux

  • nouveaux chiens

  • maintien des acquis


7. Quand faut-il consulter un vétérinaire comportementaliste si mon chien n'aime pas les autres chiens ?

Dans les cas suivants :

  • réactions soudaines sans cause apparente,

  • morsures ou tentatives de morsure,

  • anxiété généralisée,

  • troubles hormonaux,

  • douleur chronique.

Un traitement médical peut parfois aider à réduire l’hypervigilance ou bien identifier des douleurs (arthrose, articulaires, intestinales, autres) qui peuvent expliquer le caractère ombrageux du chien. Un éducateur comportementaliste doit envisager cet aspect dès les premiers échanges avec le propriétaire d'un chien (lors du bilan comportemental).


Un chien qui n’aime pas les autres chiens n’est pas un chien “asocial”, “dominant” ou “méchant”. C’est un chien qui exprime une émotion qu’il ne sait pas gérer autrement.

Heureusement, la grande majorité des chiens peuvent apprendre à mieux vivre les interactions canines :

  • de la compréhension et de la patience,

  • un travail progressif,

  • des rencontres adaptées,

  • un accompagnement professionnel,


L’objectif n’est pas la sociabilité parfaite car un chien réactif aura toujours un seuil de tolérance, mais la sérénité.


Voici trois articles francophones de qualité pour approfondir :

  1. Joël Dehasse : “L’agressivité chez le chien : comprendre et prévenir”

  2. Olivier Lhote : Articles sur la réactivité canine (Blog Chien Pluriel) educateurcomportementalistecanin.net

  3. Evelyne Teroni : “La communication canine et les signaux d’apaisement”

    #chienréactif #chienméchant #socialisationchien #éducateurcanintours


    NB : Article rédigé par Jean-Philippe Lecomte, Accord Dog, selon son expérience. Recherches menée sur internet par questionnement d'une IA pour brosser l'ensemble de la problématique, en particulier pour proposer un programme type.

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